" Les chansons de Gildas Thomas sont comme certains bonbons acidulés : ça chatouille les papilles, parfois ça irrite, on grince des dents mais on en reprend toujours tellement c'est bon..."
Après "J'm'endors pas..." et " Cinq minutes", Gildas Thomas a sorti son troisième album en cinq ans.
Voilà un artiste singulier qui piétine nos petites certitudes avec des chansons faussement candides et subtilement touchantes.
Avec beaucoup d'humour et (presque) sans jugement, il stigmatise une société et nous livre une vision du monde personnelle où il nous dit qu'il faut principalement profiter de la vie, ici et maintenant. Il sait écrire des textes rares car fort simples, les accompagner d’exquises mélodies et il sait aussi magnifiquement les interpréter. De la dérision légère, de la poésie souriante qui touche à l'essentiel.
C’est sûr : Ca va faire des jaloux.
PARCOURS :
Groupes de rock à l'adolescence, théâtre et chorale universitaire, auto-didacte...
Il écrit très tôt des chansons mais il a suffisamment de lucidité pour les mettre...
à la poubelle.
A la fin des années 80 il entre au Studio des Variétés alors dirigé par Bob Soquet, et il vit là une grande désillusion.
Nous pourrions résumer le Studio des Variétés de l'époque comme une Star Academy sans cameras !...
A l'époque il y a peu de petits lieux pour chanter en France, et l’école n'incite même pas les jeunes artistes à en chercher !
A la sortie, par le biais d’une rencontre, il bifurque vers le théâtre.
7 années, cours, stages, travail avec 3 compagnies, festival d’Avignon, courts-métrages, pendant lesquelles il est totalement comédien et ne chante quasiment plus, tout en sachant au fond de lui que ce n’est qu’un passage.
Il sait que son retour à la chanson sera conditionné par un passage réel et formateur sur les planches du théâtre, et quelques voyages (Guatemala, Turquie, Inde,...)
Il retrouve le plaisir de chanter en grande partie grâce aux rencontres d’Astaffort, où il y rencontre avant tout… lui-même ! Peu à peu, il se remet à l’écriture grâce à un grand coup de fouet déclencheur reçu aux ateliers de Claude Lemesle. Il gagne sa vie grâce à un groupe jeune public, qu'il a monté et qui existe toujours aujourd’hui : Zut.
Petites formations, bars, petites salles, tremplins, concours, il se met à l’étrier jusqu’à la rencontre capitale avec Thierry Anmuth en 2000.
Le projet s’affine, de nouveaux musiciens, notamment Benoît Simon, auto-production d’un album, des concerts, TTC sur France Inter, des tremplins remportés, au revoir Zut, et il auto-produit un premier album « J'm'endors
pas... » (L'Air de Rien / L'Autre Distribution ) en 2004 qui obtiendra un Choeur Chorus et sera vendu à plus de 4000 exemplaires sans aucune promo !
Encore des concerts, et deuxième album en 2006 « Cinq minutes » avec la même équipe. Malheureusement, ce deuxième opus sera moins bien accueilli que le premier.
Mais encore des concerts, un public qui grandit et surtout se fidélise.
Et un troisième album à sortir au printemps 2009, enregistré dans les conditions du live, « Parce qu'un singe s'est mis debout »...
Ou t’es tout ou terrien. Gildas Thomas semble être les deux, manifestement les pieds sur terre. Avec juste la tête un peu dans les étoiles comme tant de poètes et de rimeurs de fond. Il chante simplement « toutes ces beautés et ce merdier / parce qu’un singe s’est mis debout. » Son chant d’exploration est donc sans limite, rente de situation pour lui, plaisir pour nous. Qui sommes nous, que faisons nous, pourquoi sommes nous ensemble ? « C’est le mystère / Et y’a que ça qui fait tourner la terre. » Ça et les jupes fendues. Il y a du Souchon en Gildas Thomas, dans ces tableaux vivants, grouillant de gens, foules aussi sentimentales que lui, qui s’ébattent et se battent en ce monde présent, se composent, se décomposent, se recomposent.
Chemise joyeuse, très près du micro, un air de Romain Didier aux cheveux longs, voix forte qui module l’émotion, timbre presque de variétés qui pourtant vous porte un tout autre art, il vous fait vivre ses chansons, fougueux et passionné. Et tendre. Tendre dans son regard porté aux gens, tendre avec celle dont il fut Intime, tendre et étonné quand il parle de sa gamine trop vite grandie : « Putain que c’est loin… / j’ai rien vu passer. » Tendre et
bouleversant aussi dans cette chanson nouvelle qu’il nous offre presque en primeur, pas encore gravée mais déjà grave, sur l’ici et le là-bas, sur ces gens qui caravanent leurs espoirs et se heurtent au mur de chez nous. Une chanson certes d’avant cet été de feu et d’Heurtefeux, mais dans le funeste air du temps : « Rester ici / c’est mon rêve ici-bas. »
Malgré ses textes témoignant d’une plume plus affûtée que d’autres, sa voix chaude et son talent, immense, malgré ses qualités, Gildas Thomas ne pourrait être qu’un simple chanteur à la guitare, un folksinger parmi d’autres. Il a cependant le bon goût de se faire accompagner, et ça fait la différence, par une seconde guitare : Stéphanie Blanc, fière allure, beauté faite cordes, grâce particulière d’une musique par elle dansante. Sa guitare fignole, embelli, donne la profondeur à des mots qu’elle amplifie. Ça fait duo bien au delà du plaisir qu’il nous procure, radieuse complicité au service d’un beau, très beau moment de scène.
Michel Kemper
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